mardi 30 décembre 2014

Un monde flamboyant

Siri Hustvedt, Un monde flamboyant, éds Actes Sud

Mon coup de coeur :
Quelques mois après son décès, Harriet Burden surnommée Harry -une artiste à la personnalité complexe et l’oeuvre austère- fait l’objet d’une recherche universitaire mené par I.V. Hesse qui ,en rassemblant de nombreux et riches témoignages des personnalités qui ont l'ont côtoyée, propose une enquête "work in progress" ayant pour arrière-plan le marché de l’art new-yorkais. Pages après pages le récit éclaire progressivement le parcours de cette femme qui fut à la fois l'épouse aimante d’un influent et richissime marchand d’art dans l’ombre duquel elle a vécu, une mère affectueuse, présente et inventive, une  maîtresse extravageante mais aussi une artiste incomprise. Un Monde flamboyant n'oublie aucun des aspects de sa personnalité et les fait se dialoguer, se confronter et s'enrichir mutuellement.                                                                                                  
26 ans, Harriet Burden -grande et gironde femme d'1m88- tombe follement amoureuse de Felix Lord -un galeriste reconnu de 20 ans son aîné- au point de mettre de côté ses aspirations d'artiste pour n'être qu'épouse puis mère. La mort subite de ce dernier va réveiller chez elle un besoin urgent et inattendu de s'accomplir en tant qu'artiste et d'être reconnue en tant que telle. Ainsi Harry se précipite t-elle corps et âme dans le monde de l'art contemporain new-yorkais. Mais l'accueil des critiques et des galeristes est plus que glacial. Les premières expositions signées de son nom furent sujettes à des railleries et à du mépris. Plus qu'une désillusion, c'est un désenchantement pour cette femme qui va alors imaginer un subterfuge complexe, radical et machiavélique pour convaincre les professionnels de l'art du bien fondé de ses oeuvres. Influencée par les quelques femmes qui sont devenues des "hommes" illustres dans leur domaine de prédilection ( à l'instar de "Billy Tipton, musicien de jazz renommé, né Dorothy Lucille Tipston en 1914" dont les p43-44 rendent compte de ces parcours hors-norme), Harry va demander à trois artistes hommes aux univers, tempérament et parcours différents de prendre possession de ses poupées et de ses installations aussi singulières voire dérangeantes soient-elles. Dès lors, le public et les galeries vont apprécier successivement les expositions d'Anton Tisch (un jeune homme séduisant mais novice et psychologiquement perturbé), de John Whittier alias Phineas Q. Eldridge (qui avait le double avantage de savoir ce qu'est le "mal identitaire" -lui qui avait changé de nom  "pour célébrer (son) deuxième avatar"- et d'être déjà admis par le milieu) et de Rune (un artiste confirmé qui pouvait même se vanter d'être une des coqueluches new-yorkaises d'alors). Chacun -en revêtant provisoirement le masque d'Harriet Burden- va exposer secrètement mais avec succès les oeuvres iconoclastes de leur Pygmalion. Toutefois, le retour de bâton va être cruel car non seulement chacun de ces hommes va vivre difficilement les conséquences de cette usurpation d'identité mais encore le subterfuge va confirmer ce que Harry redoutait, à savoir que le milieu de l’art new-yorkais est profondément sexiste mais également rancunier. Car s'il y a eu mystification au nom de l'art, il y a surtout eu un affront cinglant fait au public et aux connaisseurs. Si le roman rend compte d'un rapport de force coriace entre Harriet Burden et la critique, il dénonce par ailleurs le manque d'équité qui régit le monde de l'art contemporain, car non seulement les expositions montées à New-York et signées par des femmes sont minoritaires mais encore leurs œuvres se vendent bien moins chères que celles d'artistes masculins et sont moins bien relayées par les médias que celles de ces derniers. Malgré un surnom masculin derrière lequel elle aurait pu se cacher, Harriet Burden se voit systématiquement contrainte par la société et même par ses proches à jouer les rôles de femme, de mère ou d'amante. Plus qu'une biographie fictive, Un monde flamboyant c'est également une critique socio-économique du monde de l'art et d'une certaine frange de la société américaine fondamentalement conservatrice.

Derrière le masque de I.V. Hesse, Siri Hustvedt propose une lecture "attentive" des carnets de l'artiste Harriet Burden et un portrait en mosaïque de cette dernière grâce aux déclarations protéiformes des personnes qui ont évolué à ses côtés. Longtemps cantonnée dans le rôle d'épouse parfaite (de potiche ?) auprès de feu son mari critique d'art, Harry fait de son veuvage un moment d'émancipation. Mais comment fait-on pour passer d'épouse discrète à artiste possédé et intransigeant ? A travers son parcours, le récit nous questionne sur de nombreux points.

Au-delà des thèmes des souvenirs personnels et subjectifs que chacun de nous pouvons avoir d'un proche ou d'un événement et de la condition des femmes dans un univers majoritairement masculin (à l'instar de la propre place de l'auteur qui fut longtemps appelé Mme Paul Auster), le parcours d'Harriet Burden interroge sur ce qu'est l'Art, ce qui fait un artiste (est-ce celui qui fait ou celui dont le nom est inscrit sur l'oeuvre ?), sur notre manière de percevoir et comment cette perception peut être influencée par des considérations externes "nous voyons surtout ce que nous nous attendons à voir". Au final ce récit parle avec intelligence tout autant du parcours chaotique d'une femme artiste intransigeante et excentrique, que de notre façon souvent orientée d'accéder aux oeuvres et que d'un milieu artistique new-yorkais cloisonné et intolérant. Quelqu'un aurait-il eu le courage d'exposer les oeuvres d'Harry si le fait qu'elle en soit l'auteur avait été rendu publique ? Elle-même doutait de la capacité du milieu artistique et culturel à accepter son travail et encore moins à en donner une valeur artistique et pécuniaire :"Je soupçonnais que si j'étais arrivée sous un autre emballage, mon oeuvre aurait pu être accueillie ou, du moins, approchée avec plus de sérieux." Son ambition était d'être acceptée et reconnue aussi bien en tant que femme qu'en tant qu'artiste. L'un des versants ne devant pas dévaloriser l'autre.

J'ai aimé les récits enchâssés qui constituent ce roman, la variété des formes narratives convoquées (la succession de lettres, d'entrevues, d'articles ...) ainsi que celle des genres littéraires utilisés (Un Monde Flamboyant est tout à la fois un roman, une biographie, un essai sur l'art et/ou sur la condition des femmes et le tableau d'une certaine société américaine). D'autant plus que le tout constitue un ensemble cohérent et captivant. Mais je me dois de signaler que cette lecture est d'autant plus exigeante et difficile d'accès que le jeu de faux-semblant élaboré par l'auteur est réussi mais retors. D'autant plus que celui-ci reste fidèle à la complexité du personnage d'Harry, la révélant successivement amoureuse, passive, fragile, passionnée, autoritaire, sensuelle, généreuse, subversive, manipulatrice, combative et surtout changeante et en proie à une quête identitaire sans fin.

Finalement Un monde flamboyant est à l'image de cette femme : hors-norme, ambiguë, insaisissable, complexe et captivant. Siri Hustvedt se joue des frontières entre la réalité et la fiction pour faire de son récit labyrinthique et trans-genre un ovni qui oscille tantôt vers la biographie tantôt vers l'essai tantôt vers la fiction, laissant son lecteur envahi par un sentiment conjoint de curiosité et de perte de repères. Cela m'a tour à tour amusée, surprise, charmée, intriguée mais au final je suis contente d'avoir eu accès à cette oeuvre qui n'est peut-être pas mon coup de coeur de la rentrée mais que je trouve personnellement enrichissante et même divertissante. J'aime les récits qui déstabilisent leur lectorat et le force à devenir un acteur de leur propre lecture. Merci aux matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten de m'avoir permis de lire ce roman et de découvrir un auteur.


L'auteur :
Née de parents d'origine norvégienne, Siri Hustvedt est une poétesse, essayiste et romancière américaine. Mariée à l'écrivain Paul Auster, elle vit à Brooklyn avec leur  fille Sophie.
Ses œuvres -publiés en France par les éditions Actes Sud- sont à ce jour traduites dans seize langues.
Certaines comme Les Yeux bandés (1992) ou Tout ce que j'aimais ont connu un succès international retentissant. Déjà dans certains de ses précédants livres - dont La femme qui tremble (2010) et Vivre Penser Regarder (2013)-  Siri Hustvedt interrogeait la place des femmes dans la société actuelle et les formes variées que peuvent prendre la fiction romanesque.

Et plus si affinités :
A l'instar de la fictive Harriet Burden, d'autres artistes réellement vivants ont élaboré des subterfuges dans leur art de prédilection :
Il y a seize ans de cela, l'écrivain William Boyd inventait ex-nihilo l'existence d'un artiste américain prénommé Nat Tate soit disant tombé dans l'oubli. Celui-ci aurait marqué de son empreinte les années 50 avant de sombrer intégralement dans l'anonymat. Grâce à quelques dessins effectués de sa main et à la complicité de quelques personnalités comme Gore Vidal et David Bowie. la mystification dura plusieurs semaines avant qu'un journaliste ne vendit la mèche provoquant alors un bref mais intense scandale... Toutefois l'artiste fictif n'a depuis pas totalement disparu puisque "Nat Tate" a fait l'objet de plusieurs documentaires, la biographie rédigée par son créateur a même été traduite en français (publiée au Seuil) et en allemand, et l'un de ses prétendus dessins -le "pont n° 114"- a fait partie d'une vente aux enchères à Londres. William Boyd justifia a-posteriori son canular par cette déclaration brève mais efficace : "Mon but premier était de démontrer combien une pure fiction pouvait être puissante et crédible et, dans le même temps, d'élaborer une sorte de fable moderne sur le monde de l'art ".
Des années auparavant, une autre supercherie littéraire avait fait la Une des journaux : celle de Romain Gary/Emile Ajar. Afin de démontrer qu'un auteur n'est pas forcément réduit à un unique style reconnaissable parmi tant d'autres, Romain Gary se promet d'écrire des romans sous une autre identité sans que quiconque puisse reconnaitre l'auteur derrière le masque. Pari réussi haut la main puisqu'il est à ce jour le seul romancier à avoir gagner deux Goncourt sous deux noms différents : en 1956 pour Les Racines du ciel signé Romain Gary et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar en 1975 pour La Vie devant soi.

Et toujours plus :
Découvrir l'univers de la plasticienne Louise Bourgeois qui s'est souvent heurtée à la pensée conventionnelle des critiques et des galeristes de son époque et dont le parcours chaotique a inspiré Siri Hustvedt lorsque cette dernière a dû inventer le personnage d'Harriet.

lundi 24 novembre 2014

C'est lundi, que lisez-vous ? (47)




C'est lundi, que lisez-vous ?

A l'origine, il s'agit d'un rendez-vous hebdomadaire inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane.  Après avoir testé cette formule durant un an, j'ai décidé d'en faire un rendez-vous mensuel et de ne le publier que le dernier lundi du mois. Mais comme dans la précédente version, il s'agira établir un échange autour de nos lectures passées, en cours et à venir.

Désolée pour cette longue absence. J'ai mis à profit ces deux derniers mois pour me reposer, partir en vacances mais aussi pour lire La Preuve et Le troisième mensonge -les deux derniers volumes du grand cahier d'Agota Kristof (éds point Seuil)- mais aussi Un monde flamboyant de Siri Husvedt (éds Actes Sud) et Un grand père tombé du ciel de Yaël Hassan. Je prépare d'ailleurs une chronique pour chacun de ces titres.
Je lis actuellement le premier tome de Strom (Le collectionneur) de Benoît de Saint-Chamas (éds PKJ).
Je ne suis pas certaine que ce mois de décembre soit le mieux adapté pour s'immerger dans des livres... mais figurent toujours dans ma PAL des titres de la dernière rentrée comme Price de Steve Tesich (éds Monsieur Toussaint Louverture) ou L'Homme Provisoire de Sebastian Barry (éds Joëlle Losfeld) mais aussi des romans que j'ai eu le bonheur de recevoir à domicile tels que Ce que j'ai voulu taire de Sandor Marai (éds Albin Michel), Vous parler de ça de Laurie Halse Anderson (éds La belle colère) ou La Diligence rouge de Gyula Krùdy (éds Circé).
En attendant la prochaine chronique de "C'est lundi...", je vous souhaite de belles semaines à venir et n'hésitez pas à partager vos impressions et/ou idées de lectures.
A bientôt. Promis je n'attendrai pas autant de temps avant de me manifester ;-)

dimanche 12 octobre 2014

Tous les chiens de ma vie

Elizabeth von Arnim, Tous les chiens de ma vie, éds Bartillat

mon coup de coeur :
" Parents, maris, enfants, amants et amis ne manquent certes pas de mérites, fort grands même, mais enfin ce ne sont pas des chiens. Je sais de quoi je parle, je vous l'assure, car au cours de ma vie, j'ai rempli chacun de ces fonctions - dans sa version féminine, s'entend. Oui je connais les intermittences du coeur, et ces sautes d'humeur qui, de jour en jour - voire d'heure en heure pour peu qu'on ait l'âme sensible - accompagnent inévitablement les amours humaines. Les chiens, ignorent pareilles variations. Quand ils aiment, c'est avec une constance qui ne prend fin qu'avec la vie. Il me plaît que l'on m'aime ainsi. Aussi est-ce de mes chiens que je vous entretiendrai ".
Elizabeth von Arnim a eu de nombreux chiens dans sa vie, certains l'ont accompagnée pendant quelques mois d'autres durant plusieurs années, mais tous ont compté. Ainsi les a t-elle tous contemplés et aimés avec leur physique et leur tempérament propre à chacun.
Dès son plus jeune âge, la présence ou au contraire l'absence de canidé dans son entourage a participé à sa manière de vivre, de voir et de ressentir les événements. Mais de descriptions et digressions, l'auteur nous raconte bien plus. Elle nous révèle son enfance solitaire auprès de parents attachants mais peu commodes, ses mariages heureux mais pas totalement épanouissants, ses enfants nombreux mais absents, son époque et les hommes qu'elle a aimé sacrifiant parfois son attachement à ses chiens pour leur faire plaisir. Car si elle aime les chiens, Eliabeth n'a pas toujours été une maîtresse irréprochable. Peut-être a t-elle tenté de se faire pardonner en leur consacrant son autobiographie ?
En conclusion, Tous les chiens de ma vie est un livre déconcertant par le ton désinvolte employé par son auteur mais surtout par sa richesse, car sous les apparences d'un hommage à ses 14 chiens, Elizabeth von Arnim  nous parle en fait de son époque et de sa condition de femme aristocrate dans une société qui évolue bien trop vite pour elle.
J'ai aimé le côté franchement suranné et un brin provocateur de ce récit qui se lit avec un réel plaisir et qui fut un agréable moment de distraction. Enfin, ne vous abstenez pas de lire la préface et les notes rédigées par F. Dupuigrenet Desroussilles car elles sont grandement instructives tant elles nous éclairent sur le parcours d'Elizabeth et sur les milieux aristocratiques de son époque.

L'auteur :
De son vrai nom Mary Annette Beauchamp, Elizabeth von Arnim (1866-1941) -cousine de Katherine Mansfield- naît en Australie au sein d'une famille anglaise. Après de brillantes études, elle visite l'Europe en compagnie de son père. Alors qu'ils sont en Italie, elle rencontre le comte Henning August von Arnim-Schlagenthin en 1889 qu'elle épouse à Londres un an plus tard.
Cinq ans plus tard, ils emménagent dans le domaine familial de son époux en Poméranie où Elizabeth découvre les joies mais aussi les désagréments de la vie à la campagne.
Mère des 5 enfants, Elizabeth profite de la l'isolement procurée par cette vie rurale et par l'absence de ses enfants à ses côtés pour commencer à écrire. Parmi ses vingt et un romans figurent Elizabeth et son jardin allemand (1898), Vera (1921) et Avril enchanté (1922).
Une partie de sa bibliothèque personnelle est conservée par l'Université du Sud-Toulon-Var.

lundi 29 septembre 2014

C'est lundi, que lisez-vous ? (46)



C'est lundi, que lisez-vous ?

A l'origine, il s'agit d'un rendez-vous hebdomadaire inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane.  Après avoir testé cette formule durant un an, j'ai décidé d'en faire un rendez-vous mensuel et de ne le publier que le dernier lundi du mois. Mais comme dans la précédente version, il s'agira établir un échange autour de nos lectures passées, en cours et à venir.

Que septembre est passé vite !
Pas de lectures "rentrée littéraire 2014 " ce mois-ci si ce n'est Un homme Klaus Kump... de Gonçalo M. Tavares (éds Viviane Hamy) -que j'ai remis de côté au bout d'une cinquante de pages car ce n'était pas la lecture dont j'avais envie alors- et Photos volées de Dominique Fabre (éds de l'Olivier).
En revanche, j'ai non seulement lu quelques romans jeunesse comme Ma grand-mère m'a mordu (Ecoles des loisirs) d'Audren et Journal d'un nul débutant (Ecole des loisirs) de Luc Blanvillain mais surtout j'ai découvert le magnifique 1er tome de la trilogie Le grand cahier d'Agota Kristof (éds point Seuil).
En conclusion, figurent toujours dans ma PAL les titres cités la dernière fois : Price de Steve Tesich (éds Monsieur Toussaint Louverture), L'Homme Provisoire de Sebastian Barry (éds Joëlle Losfeld) et tous les autres !!!
Et pourtant je souhaite consacrer mes prochaines semaines à la lecture des deux autres volets de la trilogie Le grand cahier (attention pas de commentaires qui puissent me révéler la fin !!!) et à lire des romans liés à mon challenge "La famille dans tous ses états !".
Ainsi j'ai ressorti de ma bibliothèque des livres déjà lus ou en attente de lecture comme Un fabuleux menteur de Susann Pàsztor (éds Anne Carrière), Les Oiseaux de Tarjei Vesaas (éds Plein Chant), Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza (éds Attila) ou encore Quand le requin dort de Milena Agus (éds Liana Levi). Par ailleurs, je suis toujours à la recherche de mon exemplaire de Tante Mame de Patrick Denis (éds Flammarion)...
Mis à part cela, j'ai testé plusieurs sites de créations de quizz mais au final ce fut échecs sur échecs. J'espère trouver une solution afin de vous proposer des pages de jeux plus riches et variées que celle que j'ai publié ce mois-ci.

En attendant le prochain numéro de "C'est lundi...", je vous souhaite de belles semaines à venir et n'hésitez pas à partager vos impressions et/ou idées de lectures.
A bientôt.

mercredi 17 septembre 2014

La ballade d'Ali Baba


Catherine Mavrikakis, La Ballade d'Ali Baba, éds Sabine Wespieser

Ma chronique :
Né grec, Vassili Papadopoulos quitte sa terre natale pour l'Algérie en 1937 avec sa mère -famille fragile abandonnée par son mari retenu à la guerre- et ses frères et soeurs. Aîné de la famille, le jeune Vassili se doit de faire vivre les siens. Heureusement le garçon est doté de jugeote et de bagou. Dès lors rien et personne ne lui résiste, même lorsqu'une fois adulte il part aux États-Unis puis à Montréal. Alors lorsqu'en 2013 Erina -sa fille aînée et préférée- fait sa rencontre dans des circonstances exceptionnelles neuf mois après sa mort, les souvenirs de cette dernière rejaillissent sans aucune logique temporelle pour non seulement faire revivre cet homme incroyable mais aussi pour combler des années d'absence entre deux êtres qui s'aiment profondément bien que tout les sépare. A l'image du père de Hamlet qui revient sur terre pour hanter son fils, Vassili demande à sa fille une ultime requête : voler ses cendres le 21 juin exactement. Mais qu'en faire après ?
Au fil des pages de ce récit totalement déconstruit, le narrateur peint le portrait d'un homme exubérant, audacieux, égoïste, aimé bien qu'incompris. La ballade de cet Ali Baba se confond alors avec celle de sa fille dont les souvenirs et les errances se déploient pour ressusciter et prolonger la puissance, la singularité et l'authenticité des rares moments (heureux ou non) passés auprès de cet homme (un quasi inconnu).

De Key West (Floride) -terminus de leur dernier et incroyable voyage ensemble- à Montréal en passant par la Grèce, Rhodes ou Alger, c'est toute la vie insensée, décousue, splendide et précaire de ce père qui défile sous nos yeux. Le temps qui passe, les circonstances qui changent, les époques qui se mêlent et s'entremêlent, peu importe rien n'empêche Erina -devenue une femme et un professeur émérite- d'aimer et d'essayer de comprendre cet homme assoiffé de vie et d'aventures qui s'est tant de fois absenté de sa vie. Ce qui ressort alors de cette lecture c'est leur incommensurable désir de se retrouver.

L'écriture de ce récit -toute en discontinuité- est ainsi à l'image de ce personnage charismatique et fantasque qui a passé sa vie à se défiler. Et c'est en se jouant des conventions narratives et des logiques temporelles qu'en une centaine de pages Catherine Mavrikakis rend hommage à ce père, ressuscite l'amour filial qu'Erina avait tu durant des années et redonne du sens et de la valeur à chacun des moments passés ensemble.

Même si j'ai eu parfois le sentiment de rester à l'extérieur du roman (décontenancée par le postulat qu'un récit d'outre-tombe est possible), j'ai aimé ce livre non seulement pour son sujet mais aussi pour ses grandes qualités littéraires, à savoir un souffle dramatique incroyable et une composition narrative grandement maîtrisée. J'ai été tout particulièrement enchantée par les passages consacrés à la figure paternelle dont l'auteur a su rendre la complexité. Si vous ne connaissez pas Catherine Mavrikakis, je ne peux que vous inciter à la découvrir !  




L'auteur :
Catherine Mavrikakis est née à Chicago, en 1961, d'une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Son enfance se déroule entre le Québec, les États-Unis et la France. Elle choisit Montréal pour suivre des études de lettres et devenir professeur de littérature à l’université de Concordia pendant dix ans, puis à l’université de Montréal où elle enseigne toujours.
Au fil des années, Catherine Mavrikakis a su construire une œuvre littéraire de qualité. En France, trois de ses romans ont été édités par Sabine Wespieser éditeur.  Le Ciel de Bay City ( Héliotrope, 2008 et Sabine Wespieser, 2009 ) et  Les Derniers Jours de Smokey Nelson ( Héliotrope, 2011 et Sabine Wespieser éditeur, 2012 ) ont été salués tant par la critique que par le public. La Ballade d’Ali Baba (Héliotrope et Sabine Wespieser éditeur) est paru simultanément en France et au Canada en août 2014.

Et plus si affinités :
Si vous aimez les romans familiaux, je vous conseille vivement Un petit homme de dos de Richard Morgiève (éds Joëlle Losfeld) dont je vous ai déjà parlé mais aussi :
Le meilleur des jours (éds Sabine Wespieser) de Yassaman Montazami dans lequel la jeune femme se souvient de son père disparu peu de temps avant l'écriture de ce roman et dont l'absence ne cesse de la hanter. Au fil des pages, l'auteur redonne vie à cet homme cultivé et espiègle qui a fui l'Iran avant la chute de la Monarchie mais qui est resté un révolutionnaire dans l'âme (et un grand enfant) en acceptant de faire de son appartement parisien un lieu de conciliabules autour de la destiné de son peuple et de la conditions des réfugiés iraniens exilés en France.
A travers le destin de ce personnage au prénom incroyablement poétique -Behrouz "le meilleur des jours" en persan, l'auteur dresse le portrait d'un père aimant et aimé et celle d'un peuple pris dans les affres de l'Histoire.
Tout comme La Ballade d'Ali Baba, Le meilleur de jours est une déclaration d'amour tout autant que le plus beau des adieux. A découvrir !


Les Ménites de Vélasquez
Challenge : la famille dans tous ses états !!!




dimanche 14 septembre 2014

le bruit des livres et les Golden-blog-awards saison 2

golden blog awards1



Depuis 2010 les Golden-Blog Awards permettent de récompenser le travail fourni par les blogueurs en leur offrant davantage de visibilité et en leur permettant d'enrichir le travail en échangeant avec d'autres blogueurs.
23 catégories (BD, mode, économie-marketing, beauté, sciences, musique, sport, Paris, arts et culture...) y sont représentés, 3 prix spéciaux (meilleur blog, meilleur espoir et -depuis cette année- Happy Blog) y sont décernés et 8 000 blogs en moyenne participent à cet événement.
Depuis 18 mois qu'existe Le Bruit des livres, je me suis efforcée de défendre et partager mes nombreux coups de coeur. Participer à ce concours c'est à la fois me donner de la visibilité mais aussi valider le travail fourni jusque là, d'autant plus que depuis sa création Le bruit des livres a évolué tant dans son contenu que dans son visuel. Voter pour ce blog, c'est voter pour contenu, son design, son potentiel et aussi pour son lectorat.
Ainsi, comme l'année précédente, je tente ma chance en inscrivant le blog aux Golden-blog-awards dans la catégorie Arts et Culture. Et si vous souhaitez défendre ses chances de terminer dans les 10 premiers de sa catégorie afin de figurer au second tour vous pouvez voter :

1) En cliquant sur le gigantesque widget « Golden Blog Awards » présent en bas de page.

2) En accédant à la page GBA réservé au Bruit des livres : http://www.golden-blog-awards.fr/blogs/le-bruit-des-livres.html

et si le coeur vous en dit,vous pouvez commenter et partager cette candidature.

Quoiqu'il en soit sachez que je vous suis reconnaissante de lire ces pages que j'ai parfois du mal à rédiger. Et merci à ceux d'entre vous qui voteront quotidiennement jusqu’à la date limite ;-)

Merci !
lili M

NB : le règlement autorise à voter une fois par jour et par personne pour un blog au choix parmi sa catégorie.




vendredi 12 septembre 2014

Interlude (1)

Petite pause dans notre quotidien de lecteur et amusons-nous un peu avec les livres !
Derrière chacun de ces jeux se cache le titre d'un roman chroniqué ou non dans ce blog.
Mais êtes-vous plutôt :

Rébus....

Rébus n°1 :
lait.jpg zan.jpg faon.jpg da.jpg ti.jpg la.jpg



Rébus n°2 :


la.jpg seau.jpg va.jpg jeux.jpg



Rébus n°3 :


eau_2.jpg bonne.jpg heure.jpg de_2.jpg dames.jpg



Rébus n°4 :

lait.jpg brr.jpg haie_2.jpg z.jpg


Rébus n° 5 :
lait.jpg faux.jpg m.jpg apostrophe eau.jpg nez.jpg yeux.jpg r.jpg apostrophe



... ou charades ?

Charade n°1 : 
Mon premier est central
Mon deuxième est au nombre de cinq
Mon troisième est un cervidé à grands bois plats
Mon quatrième permet de traverser un cours d'eau
Mon tout est le Prix Médicis 2010

Charade n°2 : 
Mon premier est la boisson des nourrissons
Mon deuxième est un palmipède sauvage ou domestique
Mon troisième est généralement courante 
Mon tout est un roman norvégien

Charade n°3 :
Mon premier est identique au premier précédent
Mon deuxième est un coffre de voyage
Mon troisième ponctue notre quotidien
Mon quatrième vient après un
Mon cinquième est dénué d'intelligence
Mon sixième est la 21ème lettre de l'alphabet grec
Mon tout est un classique de la littérature jeunesse

Charade n°4 :
Mon premier est un moyen de transport
Mon deuxième arrive après un
Mon troisième ne voit jamais le jour
Mon quatrième s'oppose à contre
Mon cinquième est un prénom féminin 
Mon sixième est une ancienne capitale européenne
Mon tout est un roman helvétique traduit de l'allemand




Si l'ensemble de ces jeux est le fruit de mon propre travail, j'ai toutefois eu recours à un site spécifique (rebus-o-matic.com) pour élaborer les rébus.
Cette page ne fait l'objet d'aucun concours, ce n'est qu'une proposition de divertissement, une approche ludique de la littérature qui je l'espère vous plaira autant qu'à moi. C'est d'ailleurs pour ces raisons que j'ai voulu ces jeux relativement faciles à résoudre (mais si besoin est, je peux laisser des indices). J'invite ceux qui le désirent à laisser leurs réponses dans la rubrique commentaire. Les solutions vous seront données lundi prochain dans la rubrique commentaire.

Amusez-vous bien !

vendredi 5 septembre 2014

La Chute des princes

Robert Goolrick, La chute des princes, éds Anne Carrière

Mon coup de coeur :
Je ne suis pas un mythomane (...) Je sais quel métier j'exerce et quelle est ma place dans ce monde, c'est-à-dire assez bas dans le classement des personnalités les plus glamours du magasine People. Mais j'ai encore des désirs. J'aspire aux choses que je possédais dans une autre vie. Je me désole de les avoir sacrifiées. Je m'en veux en permanence d'avoir tout foutu en l'air ".
La Chute des princes commence par l'histoire d'une déchéance, celle d'un prince de Wall Street arrogant, claquant son fric dans des soirées alcool et coke et se croyant intouchable mais qui va finalement perdre son travail et son train de vie aussi rapidement que le temps mis pour le conquérir. Le récit se poursuit alors avec l'histoire des années sida dans un New York glauque où seule la beauté des corps -qu'ils soient masculins ou féminins- comptent. Le narrateur nous invite alors à le suivre lors de ces allers/retours entre son passé flamboyant et son présent médiocre fait de visites d'appartements qu'il ne pourra plus jamais posséder ou de fêtes d'anniversaire auprès d'une femme qu'il n'a plus et du fils qui n'a jamais vu le jour. A la frénésie de sa vie passée succède l'humilité d'une vie de libraire logeant dans un vieux studio acheté lorsqu'il était étudiant.
Dans la première partie du récit (la plus importante), notre prince raconte cette époque fugace et désormais révolue où " on claquait tout ce qu'on veut ". Puis chapitre après chapitre le narrateur montre le versant négatif de son histoire. Ainsi nous assistons à la chute de ce loup et de ses congénères dans un New-York convulsif et écoeurant. Les personnages sont anti-pathiques, arrogants, déconnectés uniquement en phase avec l'univers socio-économique dans lequel ils évoluent. Un univers où il est mal vu de succomber d'un arrêt cardiaque au bureau, de ne pas être viril et où il est impardonnable d'être séropositif. A cette époque -c'est-à-dire au début de l'épidémie- la peur justifiait tous les comportements de rejet.
Rien ne nous fait rêver dans cette vie d'excès et d'invulnérabilité apparente, que ce soit sa vie sentimentale ou professionnelle. 
Goolrick possède un don certain : celui de rendre palpable une époque d'autant plus aisément qu'elle est à la dérive. Avec son personnage antipathique dans les moments de joie ou de détresse et une époque rythmée par les fêtes, les overdoses et les suicides, La Chute des Princes convoque chez le lecteur un ensemble d'images liées à la décadence. Tout dans la vie de cette ancienne figure de Wall Street sent l'excès et l'écoeurement. Mais tout excès à ses conséquences, et notre narrateur va vite déchanté. Dès les premières lignes du roman, sa chute est annoncée. Au fil des pages, elle est même précédée par celle de ses "connaissances" qui succombent à des attaques cardiaques ou dont on découvre le corps inerte dans un vomi sur des draps de soie. Malgré le stress de plus en plus pesant et des signes de plus en plus annonciateurs, notre personnage court consciemment à sa chute... pour finalement s'en relever. Une fois encore, Robert Goolrick écrit sur la souffrance, l'inaltérabilité d'un temps passé qui continue à exister dans l'esprit de ses personnages. Car, La chute des princes évoque autant la déchéance d'un homme qui a voulu vivre vite et fort que sa lente résurrection ailleurs dans d'autres sphères avec d'autres connaissances.

La Chute des princes c'est avant tout l'histoire d'un homme qui raconte avec autant de lucidité et de franchise son ascension et sa déchéance. J'ai été captivée par le rythme du récit et par sa construction binaire qui donnent du peps à cette intrigue très années 1980. Au cours de cette lecture, je n'ai cessée d'avoir hâte de compendre comment le narrateur avait flambé sa vie et comment il arrivait in fine à dépasser ses souvenirs et ses remords. J'ai également aimé la façon dont il assume ses excès passés et ses délires actuels.Chaque phrase est un uppercut. Chaque ligne nous dévoile un tentative de résurrection qui ne va pas sans sacrifice. Robert Goolrick signe encore une fois le roman d'une déchéance mais ici elle est annoncée et assumée d'emblée. Comme dans chacun de ses récits, il excelle dans l'art de peindre une époque -avec ses travers et les valeurs qu'elle véhicule- et de dresser un portrait complexe de ses personnages. Roman après roman, Goolrick tisse une oeuvre cohérente, puissante et d'une beauté foudroyante.



L'auteur :
Après des études à l’université à Baltimore, alors qu'il hésite entre débuter une carrière d’acteur ou de peintre, Robert Goolrick part en Europe où il commence à écrire pour son plaisir. Pour des questions financières notamment (ses parents le déshéritent), il revient à New York travailler dans une agence  publicitaire de laquelle il se fait licencier à l'âge de 50 ans.
En 2009, il publie son premier roman Une femme simple et honnête (éds Anne Carrière puis Pocket). Ce livre va faire l’objet d’une adaptation cinématographique par le réalisateur David Yates.
Robert Goolrick publie ensuite un récit autobiographique Féroces et Arrive un vagabond (éds Anne Carrière) distingué en 2013 par le Grand Prix des lectrices ELLE.