jeudi 31 octobre 2013

Mon bilan concernant rentrée littéraire 2013



Mon bilan de cette rentrée littéraire 2013

555 romans publiés (soit 91 de moins que l'année précédente), 86 premiers romans (17 de plus qu'en 2012), 357 romans français contre 198 étrangers... mais la rentrée c'est plus encore !
Comme vous avez pu le remarquer, j'ai consacré pas mal de temps et d'énergie à cet événement culturel, économique et médiatique. Cette année encore l'influence des médias (journaux, émissions littéraires, maisons d'éditions) a porté ses fruits et l'on continue de voir les mêmes auteurs truster les devantures et les unes. 
Cependant contrairement à ce que je peux lire et entendre un peu partout, ce rendez-vous de septembre demeure une occasion de faire de belles découvertes à conditions de vouloir s'échapper des sentiers battus voire rabattus et d'oser aller vers des auteurs et des maisons d'éditions ayant une force de frappe moins atomique que nos têtes de gondole. Personnellement, j'aime l'effervescence qui entoure notre rentrée. J'aime ce qui peut faire vivre les livres, ce qui donne envie de lire et d'en parler ! Cet événement est aussi l'expression d'une richesse et d'un éclectisme alors pourquoi bouder son plaisir ! 
Je ne prétends pas détenir la liste des romans qu'il fallait avoir lus ou ceux à éviter ni vous offrir LA solution pour se repérer dans une telle profusion littéraire. Je souhaite seulement partager ces trois mois de lectures avec vous car comme chaque année il y a de petites pépites, de gros coups de coeur et bien évidemment des déceptions.
Après avoir cherché, acheté, emprunté, demandé conseil et même m'être laissée influencée par mes proches ou par les médias, voici mon bilan personnel. A la date  du 31 octobre 2013, j'ai lu 21 romans, en ai chroniqués 19 et je compte en lire davantage au cours des semaines suivantes ! Certains m'ont value de bons moments de lectures (et pour 5 d'entre eux de très bons moments) mais j'ai aussi failli en abandonner quelques autres.


  • ✒Les coups de coeur absolus :
Katherina Hagena, L'envol du héron, éds Anne Carrière
Judith Perrignon, Les faibles et les forts, éds Stock
Goliarda Sapienza, L'université de Rebibbia, éds Attila/Le Tripode
Nicolas Clément, Sauf les fleurs, éds Buchet-Chastel
William March, Compagnie K, éds Gallmeister

  • ✒Les coups de coeur :
Richard Russo, Ailleurs, éds La Table Ronde

  • ✒A lire :
Arnaud Cathrine, Je ne retrouve personne, éds Verticales
Isabelle Sorente, 180 jours, éds JC Lattès
Bergsveinn Birgisson, La Lettre à Helga, éds Zulma
Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes, éds P.O.L.

  • ✒ Les curiosités :
Eva Almassy, L'accomplissement de l'amour, éds de L'Olivier
Emilie de Turckheim, Une Sainte, éds Héloïse d'Ormesson

  • ✒ Les pourquoi pas !
Olivier Bellamy, Dans la gueule du loup, éds Buchet-Chastel

  • ✒ Les déceptions 
Valentine Goby, Kinderzimmer, éds Actes Sud
Thomas B. Reverdy, Les évaporés, éds Flammarion

  • ✒ A oublier :
Junot Diaz, Guide du loser amoureux, éds Plon

  • ✒ Retenus pour une lecture en cours ou à venir :
Ken Kesey, Et j'ai quelquefois comme un grande idée (en cours), éds Monsieur Toussaint Louverture
Sylvie Germain, Petites scènes capitales, éds Albin Michel
Raphaël Meltz, Urbs, éds Le Tripode/Attila
Fabio Stassi, La dernière danse de Charlot, éds Denoël
Thierry Laget, Atlas des amours imparfaits, éds L'arbre vengeur
Sorj Chalandon, Le quatrième murMichiko
Milena Michiko Flasar, La cravate, éds de L'Olivier
Léonor de Récondo, Pietra viva, éds Sabine Wespieser
Dermot Bolger, Une illusion passagère, éds Joëlle Losfeld

Rappel des notes et liens vers les articles concernés :

 : coup de coeur absolu. Un indispensable dans ma bibliothèque !
 : Une excellente lecture que je recommande vivement.
 : Une bonne lecture !
 : Roman prometteur/ Une curiosité. A découvrir !
 : Une belle romance/un livre sympathique/un agréable moment de lecture... mais ça n'ira pas plus loin !
 : Une lecture qui me laisse indifférente/ Pourquoi pas !
 : Une lecture que me laisse une impression mitigée voire une petite déception. Pas fait pour moi !
: Je n'ai pas aimé ! Vraiment pas fait pour moi !
 : Lecture inachevée. Ce livre et moi sommes incompatibles !

L'envol du héron 
Les évaporés /
Ailleurs 
180 jours 
Sauf les fleurs 

lundi 28 octobre 2013

C'est lundi, que lisez-vous ? (21)


C'est lundi, que lisez-vous ?

Ce rendez-vous hebdomadaire a été inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane. J'espère grâce à votre contribution pouvoir faire de cette page un rendez-vous convivial.

Comme chaque lundi je répondrai aux trois questions suivantes :
✒ Qu'ai-je lu la semaine précédente ?
✒ Que suis-je en train de lire ?
✒ Que vais-je lire ensuite ?


Bonjour, au cours de la semaine précédente, j'ai pu terminer La dernière danse de Charlot de Fabio Stassi (éds Denoël), continuer Et j'ai quelquefois comme une grande idée de Ken Kesey (éds Monsieur Toussaint Louverture) et commencer Petites scènes capitales de Sylvie Germain (éds Albin Michel).
Cette semaine je continue la lecture des deux dernièrs livres cités.
Quant à la semaine prochaine, j'ai plusieurs livres en attente dont Pietra Viva de Léonor De Recondo (éds Sabine Wespieser).  
Bonne semaine à tous et n'hésitez pas à venir partager vos lectures !

vendredi 25 octobre 2013

l'invention de nos vies

Karine Tuil, L'invention de nos vies, éds Grasset

Ma chronique :
Ils sont trois jeunes gens d'une petite quarantaine d'années Samir d'un côté et le couple formé par Samuel et Nina de l'autre. Ils se sont rencontrés pendant leurs études de droit mais un des trois n'a plus donné signe de vie durant 20 ans.
Samuel, fils d'intellectuels juifs ayant trouvé la mort dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que 20 ans, est un écrivain sans le sou qui pour vivre occupe un poste d'éducateur social dans une banlieue difficile.
La très belle et séduisante Nina sa compagne depuis un chantage au suicide alors qu'elle s'apprêtait à la quitter pour Samir leur ami commun.
Enfin le séducteur et autoritaire Samir Tahar dit Sam, fils d'immigrés tunisiens, qui est devenu aux Etats-Unis l'un des avocats les plus brillants et les plus renommés. Il a fait un beau mariage en s'unissant avec la fille d'un célébrissime homme d'affaire juif. Si cet homme vit sans complexe ses relations extra-conjugales avec des midinettes écervelées il vit avec la peur qu'un jour son mensonge soit révélé. Obsédé depuis son plus jeune âge par le besoin de réussir mais persuadé de ne pouvoir réussir dans ce monde de requins qu'en gommant ses origines arabes, il a emprunté des éléments de la vie de son ancien camarade Samuel et à raccourci sont prénom en Sam afin que le subterfuge soit plus efficace. Si son talent, ses facultés intellectuelles et sa force de travail lui sont propres, il semble devoir sa reconnaissance sociale qu'à cette omission qui désormais l'emprisonne dans une vie fait de mensonges.
Mais une apparition malencontreuse à la télévision retransmise partout dans le monde va motiver ses retrouvailles avec Samuel et Nina d'une part et de l'autre avec sa mère et son demi-frère François dont la blondeur jure avec le teint mâte de sa propre carnation. Ses différentes réapparitions vont inexorablement précipiter sa perte. Ainsi nous avons suivre parallèlement les deux personnages masculins. Le parcours de l'un répondant à celui de l'autre. Alors que Samuel tombe dans l'alcoolisme et la dépression, Samir retrouve une joie de vivre auprès de Nina la seule femme qu'il aime et à qui il n'a pas besoin de se dissimuler. Cependant la roue tourne et dans la dernière partie du livre, nous assistons à la chute vertigineuse du charismatique Samir tandis que son double Samuel "un médiocre que l'on regarde sans admiration" va progressivement gagner son statut d'écrivain à succès en se nourrissant des malheurs de l'autre Sam.

Oui ! le roman est haletant -surtout la première partie- et il s'agit réellement un "page-turner" avec une ponctuation et un phrasé qui traduisent la violence qu'il voudrait bien dénoncer.
Oui ! le sujet est intéressant, la mécanique narrative générale est efficace et les questions sous-jacentes passionnantes.
Oui ! j'aime cette ingénieuse astuce qui consiste à consacrer les notes de bas de page à des biographies fictives.
Seulement certaines situations et certains propos m'ont dérangé !
Je n'aime pas ce qui motive les personnages : le communautarisme, la soif de gloire, la haine, l'envie ou la vengeance. Mais surtout je n'aime pas la façon dont ces motivations sont narrées et exploitées. J'y ai trouvé de la complaisance dans la manière de les avancer. Pourquoi avoir justifié la carrière de Samir par successivement un viol collectif puis une méfiance envers la reconnaissance du travail et du talent ?
Je n'aime pas l'idée qu'un bon écrivain c'est celui qui explose les ventes. La plupart d'entre nous savons qu'il est des auteurs magnifiques et des chefs-d'oeuvre qui ne rencontrent pas ou peu le public, en tout cas moins que certaines têtes d'affiche au talent discutable !
Enfin je n'aime pas la façon dont le récit s'emballe/s'empalle sur des thèmes obscènes et sensationnels . 
Si l'auteur souhaitait faire de ce livre le roman sur l'identité, au fil des pages il s'est mis à enfoncer des portes ouvertes, à accumuler de nombreux clichés et à coller avec ce qu'il y a de malsain dans l'actualité. De fait, elle assimile son roman à un fourre tout dans lequel elle parle de la même manière de la passion amoureuse, de la société qui broie les individus après les avoir aidé à réaliser leurs ambitions, de la violence des cités, de la revanche sociale, des communautarismes, d'un viol collectif, des jihadistes...
Dommage car son roman commençait bien et j'aurais tant aimé qu'il reste sur cette ligne narrative : parler d'un homme au charme carnassier, à la volonté de fer, un homme sans scrupule qui piétine tout ce qui peut contrecarrer ses ambitions personnelles et professionnelles. Un personnage qui aurait su totalement et irréversiblement nier son passé. Un monstre plutôt qu'un homme mi-coupable mi-victime et qui suscite de la compassion alors que j'aurais adoré le haïr. Ce désir de le dédouaner dessert le récit plus qu'il ne l'enrichi. De cette lecture il en ressort une impression d'avoir pataugé dans de l'eau tiède alors que je m'attendais à plonger dans une eau glacée ! Malgré les accumulations de thèmes et de problématiques qu'il propose, le récit est en rien subtil. Nulle part je n'ai ressenti une envie de dénoncer cette société mercantile et violente; partout j'ai lu une volonté de s'en servir.

Au final, L'invention de nos vies me laisse une mauvaise impression. Ce roman dont je l'ai lu la première moitié facilement et même par moments avec un certain plaisir a fini par me faire grimacer et, en fin de lecture, il me laisse même un arrière- goût désagréable. A force de vouloir faire résonner son récit avec ce qu'il y a de plus brûlant et scandaleux dans l'actualité, Karine Tuil s'est perdue dans le sensationnel et fait de son roman un catalogage de profils psychologiques et de sujets. Tout cela m'a empêchée de profiter pleinement de son talent de narratrice car Karine Tuil a du style. Et je vais guetter sa prochaine publication afin de me confronter une nouvelle fois à son écriture. En attendant, je ne m'en fais pas pour le devenir de son livre qui caracole dans les hits et qui a trouvé grâce auprès de nombreux critiques, blogueurs et lecteurs. 


L'auteur :
Auteur français né en 1972, Karine Tuil est diplomée d'un DEA droit de la communication/sciences de l'information. En 1998, elle participe à un concours de manuscrit. Elle est alors remarquée par le directeur du Figaro littéraire de l'époque Jean-Marie Rouart. Depuis 2000, Karine Tuil a publié 9 romans : 3 sont parus chez Plon ( Pour le pire, Interdit, Du sexe féminin ) et 5 édités par Grasset ( Tout sur mon frère, Quand j'étais drôle, Douce France, Six mois, six jours et L'invention de nos vies ).


lundi 21 octobre 2013

C'est lundi, que lisez-vous ? (20)

photo personnelle pour le bruit des livres/lili M

C'est lundi, que lisez-vous ?

Ce rendez-vous hebdomadaire a été inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane. J'espère grâce à votre contribution pouvoir faire de cette page un rendez-vous convivial.

Comme chaque lundi je répondrai aux trois questions suivantes :
  1. Qu'ai-je lu la semaine précédente ?
  2. Que suis-je en train de lire ?
  3. Que vais-je lire ensuite ?

Désolée, mais pour les mêmes raisons que la fois précédente, j'ai peu lu la semaine passée et je pense qu'il en sera de même cette semaine. J'espère toutefois terminer très prochainement La dernière danse de Charlot que j'ai malgré tout réussi à commencer !
Dans ce billet -cette semaine- il n'y aura donc exceptionnellement aucune mention de livres lus (les mêmes depuis 10 jours) ni de livres à lire (idem) puisqu'ils correspondent à ceux évoqués dans le numéro précédent (ici). J'espère vous retrouver la semaine prochaine dans de meilleures dispositions avec au programme Ken Kesey et mes premières lectures en vue de mon challenge "la famille dans tous ses états !"
En attendant, je serai ravie de connaître vos lectures passées, présentes et à venir !
Bonne semaine !

Deux rendez-vous importants pour ce blog : sa participation au Golden Blog Awards ici et  l'inscription au Challenge "La Famille dans tous ses états !" .
Et pour les plus fidèles d'entre vous un petit sondage afficher dans la rubrique "à l'écoute".

samedi 19 octobre 2013

Coup de jeune (2)

Pour cette deuxième page consacrée aux livres jeunesse, je vous propose une petite sélection de livres parus cet automne et qui accompagneront les enfants tout au long de cette année.

Antonin Louchard, Crocolion, éds Thierry Magnier : Crocolion est un conte traditionnel africain adapté par Antonin Louchard. Lapin Titi est très curieux et son papa est très savant seulement  il ne connaît l'animal le plus méchant et redouté d'Afrique. Mais Titi a la réponse et quelle réponse ! Il s'agit du crocolion. Et pourquoi ? Cela son papa ne le sait évidemment pas et pourtant c'est évident : comment un animal affublé d'une gueule de lion à une extrémité et d'une gueule de crocodile à l'autre peut-il faire caca ? Il y a donc de quoi devenir méchant ! Voila un album savoureux, impertinent et tendre qui sait jouer avec les attentes et le sens de l'humour de ses lecteurs ! A partir de 3 ans.


Eric Veillé et Pauline Martin, Le bureau des papas perdus, éds Actes Sud Junior. Comment faire lorsque l'on est un petit garçon réservé et que l'on vient de perdre son papa ? Partir à sa recherche ? Il y a mieux à faire : se diriger au bureau des papas perdus et heureusement que notre petit garçon rencontre fortuitement le responsable du bureau local qui va ainsi l'aider à retrouver ce papa au milieu de tant d'autres, tous plus extravagants les uns que les autres !
Il y a du Jacques Tati dans cet album drôle, poétique et complètement décalé qui parle si bien de de la tendresse d'un enfant envers son père. Voici un excellent album qui ravira les petits à partir de 4 ans et leur papa aussi ! 



Pour voir la vidéo réalisée par les éds Actes-Sud Jr c'est ici que ça se passe !



Soledad Bravi, J'ai mis dans ma valise, Loulou et Cie (Ecole des loisirs) : C'est toujours le même problème lorsque l'on veut faire sa valise : on veut tout y mettre même ce qui est accessoire ! Mais cela devient amusant voire totalement barré lorsque Soledad Bravi prend les choses en main et que l'on peut y mettre tout ce qui nous passe par la tête : une brosse à dent (normal), un lapin blanc, un porte-avion, un ours polaire et même une grand-mère au bas violets (!!!)...
En détournant le jeu qui consiste à mémoriser un mot, puis un deuxième et un troisième... chacun des participants proposant le mot qu'il veut, notre auteur/illustrateur a réalisé un album délirant, aux couleurs vives et aux illustrations amusantes où la seule contrainte c'est de faire tout tenir dans cette fameuse valise... à moins que celle-ci puisse tout avaler ? Voici un album à raconter et montrer aux petits (à partir d'un an) qui ravira aussi les plus grands !

Janik Coat et Bernard Duisit, Ça dépend, éds Hélium : Habiller les enfants c'est parfois un casse-tête. Heureusement Hélium a pensé à nous amuser et nous séduire en réalisant sur ce thème ce superbe pop-up à volets où l'on voit les amis d'Olga choisir leur tenue en fonction de leur envie ou du temps qu'il fait.
Ce livre plein de malice et de surprises finira par convaincre les petits qu'il peuvent s'habiller seuls et même choisir leurs vêtements mais en faisant attention à leurs désirs mais aussi à la saison.
Voici un livre qui réconciliera les parents et leurs enfants lorsqu'il faudra explorer les armoires.
A partir de 2 ans.



Claire Le Grand et Fani Marceau, Mon premier livre d'éveil, éds Grund (coll° les imagidoux) : Comment susciter la curiosité des tout petits et leur donner le goût d'apprendre tout en les divertissant ? En parcourant ce grand livre d'éveil intéractif qui leur fera découvrir les notions capitales pour leur développement cognitif (les couleurs, les formes, les contraires...). Tous les thèmes fondamentaux sont exposés en double page dans ce drôle d'imagier et c'est un vrai plaisir que d'accompagner les enfants dans l'exploration de ce livre-jeu, de stimuler leur réflexion, leur esprit de déduction et leurs connaissances tout en les amusant. Voici un livre d'éveil intelligent, ludique et pétillant à mettre dans toutes les menottes. A partir de 2 ans.


lundi 14 octobre 2013

C'est lundi, que lisez-vous ? (19)

image de lili M pour le bruit des livres

C'est lundi, que lisez-vous ?

Ce rendez-vous hebdomadaire a été inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane. J'espère grâce à votre contribution pouvoir faire de cette page un rendez-vous convivial.



Comme chaque lundi je répondrai aux trois questions suivantes :

  1. Qu'ai-je lu la semaine précédente ?
  2. Que suis-je en train de lire ?
  3. Que vais-je lire ensuite ?
Bonjour, peu de lectures cette semaine en raison de quelques pépins de santé (rien de grave mais handicapant). Je continue les lectures entamées la semaine précédente de J'ai quelquefois comme un bonne idée de Kesey (éds Monsieur Toussaint Louverture) et Chasseurs e Nuages de Shearer (éds Les Grandes Personnes). 
Je poursuivrai avec l'étonnant La dernière danse de Charlot de Fabio Stassi c/o Denoël.
Bonne semaine et bonne(s) lecture(s) !


Deux rendez-vous importants pour ce blog : la participation au Golden Blog Awards ici et  l'inscription au Challenge La Famille dans tous ses états !


vendredi 11 octobre 2013

L'accomplissement de l'amour

pour le bruit des livres
Eva Almassy, L'accomplissement de l'amour, éds de L'Olivier

Ma chronique :
Une femme Béatrice, Bea, Bé s'apprête à délaisser Angel son compagnon depuis 20 ans pour rejoindre son amant qu'elle quittera au bout de 24h. Entre ces deux événements elle s'interroge sur les nouveaux moyens de communication qui permettent aux femmes et aux hommes de se rencontrer mais aussi sur l'altérité et sur la différence entre aimer et désirer, entre être infidèle et trahir. Le récit se compose alors en deux parties distinctes: la première -celle qui précède la rencontre- est portée par l'exaltation de Be; la seconde -celle du revirement- est faite d'errance tant physique que mentale. Nous y voyons Bé et son inconnu tourner dans Paris, autour de l'hôtel, dans leur chambre... pour mieux se perdre.
L'accomplissement de l'amour est un roman sur le désir et le tumulte qu'engendre une nouvelle relation mais aussi sur le parcours d'une femme passionnée et indécise quant à l'opportunité de laisser une chance à son couple de survivre à un adultère voire même de grandir grâce à lui.
Pas évident de parler de ce livre qui me laisse un goût d'inachevé.
J'ai été globalement enchantée par la folie malicieuse de la narratrice. J'ai aimé sa manière de conjuguer les façon d'aimer et de jouer avec la langue française. Toutefois -malgré de beaux passages sur Paris- j'ai moins été emballée par la seconde partie du récit qui débute au moment des retrouvailles entre Bee et son amant. Le récit perd pour moi de sa folie pour devenir trop bavard et parfois lassant voire agaçant.
L'accomplissement de l'amour est un roman exigeant -ce qui habituellement n'est pas pour me déplaire- et il m'a alors fallu refermer un moment ce livre afin de pouvoir mieux y retourner. 
En résumé : j'ai été emportée par la première partie avec une Bea fatiguée par une relation stérile, malicieuse, folle et plein de vie. Eva Almassy a su rendre palpable la douleur de cette femme au bord du néant tout comme elle a su communiquer les questionnements souvent paradoxaux de cette dernière. Mais j'ai trouvé regrettable que ces motifs de satisfaction disparaissent dans la seconde partie dont le propos tourne en rond un peu à l'image de ses personnages qui dessinent des circonvolutions dans les rues parisiennes.

Même si ce n'est pas un coup de coeur, il y a quelque chose de plaisant et parfois de subjuguant/intrigant/captivant dans ce roman (surtout au début) et son auteur Eva Almassy a à l'évidence un fort potentiel pour raconter des histoires. L'accomplissement de l'amour est une curiosité et je suis contente de mettre confronter à ce livre intelligent, coriace (malgré sa maigre épaisseur) et à cette écriture singulière qui s'amuse avec le lecteur. C'est d'ailleurs parce qu'elle a su transmettre son amour des mots et de la langue française ( langue qu'elle a adoptée il y a de cela de nombreuses années) que je n'ai finalement pas décroché de ce texte difficile voire hermétique. Et bien que je conçois que ce roman puisse avoir du mal à trouver un large public, il trouvera à coup sûr son public ! Personnellement même si je reste sur ma faim, ce roman m'a quand même donné des motifs de satisfaction et je me confronterai de nouveau à l'écriture de cette romancière.



L'auteur :
Née en 1955 à Budapest, Eva Almassy est arrivée en France en 1978 où elle a étudié la psychologie et la philosophie. Elle a fait du français sa langue principale : " La France m'a offert l'asile politique, je lui ai pris sa langue. Telle est mon histoire. "
Eva Almassy est l'auteur de pièces radiophoniques (Erzébet Bàthory) de livres pour enfants (Le cadeau qui ne se donne pas aux éds Ecole des Loisirs  et de roman.
Parallèlement à son métier d'écrivain, elle co-anime depuis 2019 l'émission de France-Culture "Des Papous dans la tête ".

lundi 7 octobre 2013

Compagnie K

pour le bruit des livres
William March, Compagnie K, éds Gallmeister

Mon coup de coeur :
Compagnie K de William March nous propose une incroyable immersion au sein d'une compagnie de soldats américains empêtrés dans les tranchées françaises en 1917. On assiste avec elle aux bombardements, aux choix stratégiques, aux nuits glaciales sous la pleine lune, aux moments de répit dans un bar/une ferme/un champ... Chacune des histoires peint un moment capital de la vie de son narrateur. Chaque chapitre est un instanté qui nous fait entendre à tour de rôle la voix de tous les soldats de cette compagnie (113 au total), alors qu'ils sont confrontés à la mort, à la folie, à l'indifférence voire à l'incompétence de leur hiérarchie ou dans le meilleur des cas à un bref mais intense moment de réconfort comme peuvent l'être une soirée en compagnie d'une femme, l'opportunité de boire un verre ou celle de revenir chez soi vivant bien qu'amputé. Quelques pages pour dire quelques minutes, heures, jours de cette guerre inhumaine, grotesque et hasardeuse.
Chacun des récits a non seulement un sens et une force qui lui est propre mais encore tous participent à la puissance du recueil dans son ensemble. Et il faut bien toutes ces voix singulières pour cerner l'horreur des combats ! Des voix qui tantôt se complètent tantôt se contredisent mais qui toutes permettent de dresser un tableau le plus fidèle possible de la réalité. Qu'ils soient soldats, sergents ou lieutenants; qu'ils se nomment Hunzinger, Matlock, Jewett ou Carroll..., chacun contribue à rendre tangible le vécu de cette compagnie. Les passages les plus sombres côtoient alors d'autres plus grotesques, invraisemblables ou cocasses.
Inspiré de l'expérience militaire de son auteur, ce récit nous fait ressentir les manques, les rêves et la soif de vie de tous les personnages. Nous sommes incroyables proches d'eux. La forme polyphonique du récit et la brutalité du propos m'ont réellement saisie. La sécheresse des points de vue et la multiplicité des perspectives narratives permettent non seulement d'entendre sans intermédiaire la voix des différents acteurs de cette guerre quelque soit leur grade, leur parcours ou leurs opinions politiques mais encore de se confronter à un large éventail de sentiments humains, de situations et d'atmosphères. C'est un véritable concentré d'humanité qui nous est offert. Parmi les soldats il y a en des sympathiques, des désespérés, des fous, des incapables, des doux rêveurs, des pragmatiques, des crapules, des idéalistes... Etre confrontée à leurs pensées les plus intimes et à leurs actes les plus braves ou au contraires les plus dégradants les rendent pour tant tous touchants et terriblement humains. 
De de cette lecture, il en ressort qu'au-delà de la volonté d'affronter l'ennemi allemand et d'en finir avec cette guerre, ces compagnons d'infortune disent l'injustice et l'absurdité qui régissent leur quotidien.

Compagnie K n'est pas un énième récit sur la guerre, c'est un témoignage précieux sur les horreurs de la Grande Guerre, un roman qui refuse de rendre celle-ci séduisante, politique et poétique et c'est aussi l'un des seuls témoignages américains sur ce thème. C'est un livre abrupte sans sensationnalisme ni romantisme qui nous confronte immédiatement à la vie de ces hommes pris au piège de l'Histoire. C'est sublime, saisissant et cruel mais aussi parfois drôle et absurde. Je suis heureuse que les éds Gallmeister (coll° Americana) est promu ce roman -véritable requiem pour des hommes perdus pour tous et abandonnés par tous- lors de cette rentrée. Bien qu'apocalyptique, ce récit ne se lâche pas facilement tant il nous parle de notre condition humaine. A ne pas manquer car il va rapidement devenir un classique de la littérature comme A l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque (éds LGF).




L'auteur :
William Edward Campbell -qui se fera par la suite appelé WILLIAM MARCH (1893-1954)- est né en Alabama. En 1917, il s'engage dans l'US Marine Corps et combat en France pendant la Première Guerre mondiale. Il en revient revient décoré de la Croix de Guerre, de la Distinguished Service Cross et de la Navy Cross mais il garde un profond dégoût de cette expérience. Hanté par les combats, il fera de nombreuses dépressions et mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman publié en 1933. Il se consacre ensuite à l'écriture et publie plusieurs recueils de nouvelles et romans. Finaliste du National Book Award, il était considéré comme “le génie méconnu de notre temps” (dixit le critique et auteur Alistair Cooke).

C'est lundi, que lisez-vous ? (18)


C'est lundi, que lisez-vous ?

Ce rendez-vous hebdomadaire a été inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane. J'espère grâce à votre contribution pouvoir faire de cette page un rendez-vous convivial !





Comme chaque lundi je répondrai aux trois questions suivantes :
  1. Qu'ai-je lu la semaine précédente ?
  2. Que suis-je en train de lire ?
  3. Que vais-je lire ensuite ?


Bonjour !
Peu de lectures la semaine passée. Je continue tranquillement celle de l'incroyable roman de Ken Kesey  J'ai quelquefois comme une grande idée (éds Monsieur Toussaint Louverture) qui va inaugurer mes lectures concernant mon propre challenge "La famille dans tous ses états". A côté de cela, je viens de commencer la lecture d'un roman jeunesse Chasseurs de nuages d'Alex Shearer aux éds Les Grandes Personnes.
Ces lectures, je compte les continuer cette semaine.
J'ai quelques envies pour la semaine suivante dont Transatlantic de Mc Cann (éds Belfond) même si je sais très bien que d'ici là d'autres livres susciteront ma curiosité.
Hormis cela je prépare un coup de coeur sur le formidable Compagnie K de William March (éds Gallmeister), les dernières chroniques concernant mes lectures rentrée littéraires (L'invention de nos vies, L'accomplissement de l'amour ou encore La cravate) mais également la rédaction d'un bilan sur cette même rentrée.
De votre côtés quelles ont été vos lectures et/ou vos projets ?

Pour voter pour ce blog : c'est ici 

dimanche 6 octobre 2013

Les derniers jours de Smokey Nelson

pour le bruit des livres
Catherine Mavrikakis,  Les derniers jours de Smokey Nelson, éds Sabine Wespieser

Mon coup de coeur :
Pénitencier de Charlestown près d'Atlanta, Smokey Nelson attend depuis 19 ans dans le couloir de la mort l'application de sa sentence pour avoir perpétré le meurtre d'un couple de blancs et de leurs deux enfants dans un motel des environs. Ce sordide fait divers a scellé son destin ainsi que celui de trois autres personnes : celui de Sydney Blanchard un afro-américain qui fut un temps accusé des meurtres avant que le témoignage de Pearl Watanabe ne l'innocente; celui de cette américaine d'origine hawaïenne qui était au moment des faits employée au motel et qui a fait la sinistre découverte des corps; enfin celui de Ray Ryan inconsolable depuis la mort de Sam sa fille chérie qu'il a élévée dans la foi pensant que cela les protégerait tous.
Dans ce roman choral, chaque personnage prend tour à tour la parole pour dire son effroi et le marasme causé par cet effroyable quadruple meurtre ainsi que les sentiments qui les submergent au moment où -pour des raisons différentes- ils doivent tous retourner dans la ville maudite.
Sidney est le premier à faire entendre sa voix, une voix grave, un soliloque grâce auquel il fait le bilan de sa vie. Noir et pauvre, il a pourtant toujours cru en sa bonne étoile. Né le même jour que Jimmy Hendricks il ne pouvait s'imaginer autre chose. Agé maintenant de 40 ans, il s'apprête à rejoindre -dans sa lincoln blanche et accompagnée de sa chienne Betsy- ses parents restés à Atlanta malgré Katrina.
C'est alors la douce voix de Pearl qui intervient délicatement pour annoncer son imminent départ de Hawaï où elle y a reconstruit sa vie obtenant même un poste à responsabilités dans un grand motel. Elle va séjourner quelque temps à Atlanta afin d'y retrouver sa fille Tamara. Cette dernière y a fait sa vie de femme mariée et de mère de famille et se fait une joie de revoir sa mère bien qu'elle prenne pas pleinement la mesure de l'angoisse qu'y étreint sa mère. "Et voilà dix-neuf ans que Tamara se comportait comme si rien n'avait eu lieu, comme si sa mère lui appartenait encore, comme si sa mère na faisait pas partie des assassinés du 20 octobre 1989 ! Pearl n'était jamais revenue de ce matin magnifique de l'automne 1989. Elle n'était jamais sortie de la chambre 55 du motel Fairbanks dans lequel elle avait découvert les corps morts, mutilés."
C'est enfin la colère de Ray Ryan qui s'exprime bruyamment alors qu'il attend avec impatience et d'une certaine manière avec joie et soulagement l'exécution de Smokey Nelson : " Demain, à cette heure-ci, tu le sais, l'impie sera mort." Homme très pieu, il voit dans cet acte le châtiment divin pour avoir retiré la vie à quatre êtres innocent et pour avoir bousiller d' autres dont la sienne et celle de sa famille.

A travers le portrait et le parcours de ces quatre personnages, Catherine Mavrikakis dépeint une Amérique sans repère ni valeur et des êtres désenchantés et profondément solitaires. Elle nous offre une formidable fresque doublée d'une réflexion sur nos sociétés ultra-violentes mais aussi sur la vengeance, le racisme et sur la peine de mort. Chacune des voix qu'elle donne à entendre est puissante et singulière et aucune n'empiète sur les autres.

Voici un roman que je n'ai pas voulu lâcher et que je ne suis pas prête d'oublier. Ce fut un de mes grands coups de coeur de la rentrée précédente.


L'auteur :
Catherine Mavrikakis est un auteur québécois d'origine française et grecque. Parallèlement à son métier d'écrivain, elle enseigne les littératures francophones à l'Université de Montréal. Depuis ses débuts en 2000, elle a publié une pièce de théâtre et cinq romans dont Le ciel de Bay City (éds Sabine Wespieser 2009). 

vendredi 4 octobre 2013

Sauf les fleurs

pour le bruit des livres
Nicolas Clément, Sauf les fleurs, éds Buchet-Chastel (coll° Qui Vive)

Mon coup de coeur :
Sauf les fleurs est le récit cruel et désenchanté que fait Marthe de sa vie. Ce récit, elle l'adresse à son petit frère adoré Léonce. Elle y raconte son quotidien dans une ferme isolée, auprès d'une mère aimante, d'un petit frère protecteur et d'un père véritable ogre destructeur dont les coups de sang et les coups de poings rythment la vie domestique. " Parler de Papa qui fauche notre enfance, fouette nos lèvres (...) et revient nos moucher dans nos vies."
Elle a 12 ans lorsqu'elle commence à prendre la parole. Elle tente alors de mettre des mots sur sa souffrance et espère désespérément que verbaliser son quotidien puisse l'aider à le supporter voire à le transcender. Puis elle a 14 ans, elle continue de se construire avec cette boule au ventre mais aussi avec l'espoir de quitter cet enfer et une folle obsession de grandir. Quotidiennement Marthe traque ces petits signes qui prouvent son existence et celle de sa famille -même si elle est dysfonctionnelle et ne ressemble pas aux autres, même si les autres restent indifférents à leur souffrance- bien que ces mêmes signes disparaissent inéluctablement: " Au village, ils croient que nous travaillons tristement, que l'odeur nous punit ou que les sabots nous cabossent. Ils se trompent, les bêtes nous sauvent. Notre famille a fondu depuis longtemps, mais elle existe encore en lettres, sur l'étiquette du journal, le relevé des compteurs. Depuis des lustre, Papa ne prononce plus nos prénoms, se jette sur le verbe, phrases courtes sans adjectif, sans complément, seulement des ordres et des martinets (....) à la langue de Papa n'existe qu'à la ferme, hélas. Il nous conjugue et nous accorde comme il veut. Il est notre langue étrangère, un mot, un poing, puis retour à la ligne jusqu'à la prochaine claque."
Ecrire c'est garder en vie et en mémoire les liens qui la lient aux autres et à la réalité. Sa vie est sordide, les adultes se désinvestissent de ses souffrances, les enfants de son âge se moquent d'elle et pourtant elle a la force de trouver refuge dans la narration (même si elle peut compter sur la présence silencieuse et chaleureuse de ses animaux ou celle indéfectible de Léonce et de Myriam). Les mots qu'elle écrit et ceux qu'elle lit -en particulier ceux d'Eschyle- sont une véritable "échelle" pour accéder à un ailleurs et envisager à un bonheur à venir.
A 16 ans celui-ci arrive enfin et s'incarne en la personne de Florent, un jeune homme plein de rêves et d'audace auprès duquel elle découvre l'amour et avec lequel elle construit sa vie à Baltimore où elle poursuit des études de grec. C'est à ses côtés qu'elle trouve "ce qu' (elle) cherchai(t) sans pouvoir l'obtenir : un temps qui (lui) appartient, une terre natale enfuie sans (ses) sarments de petite fille, une passion qui bat sans (la) priver, plus sûre que le sang capricieux qui (l)' arrose, plus calme que la brûlure des familles." Mais loin de sa mère, de Léonce et de Myriam... Marthe a alors 18ans et le drame tant redouté se produit devant ses yeux, chez elle à la ferme. Inéluctable. Sa vie vole en éclats laissant pourtant intact l'amour qu'elle porte pour les deux hommes de sa vie Florent et Léonce. Marthe se sacrifie pour pouvoir enfin dire ce qu'elle a tant tu et pour être enfin entendue : "Nous étions une famille de deux enfants, plus les parents. Je m'appelais Marthe, mon frère s'appelait Léonce, né un mensonge après moi. Nous habitions une ferme éloignée du village (...) Aujourd'hui, il me reste peu de mots et peu de souvenirs. J'écris notre histoire pour oublier que nous n'existons plus."
A l'instar de sa vie, parfois les contes se terminent mal : "Je voulais une mère avec des épaules pour poser mes joues brûlantes. Je voulais un père avec une voix pour m'interdire de faire des grimaces à table. Je voulais un chien avec une passé de chat pour ne pas oublier qui j'étais (...) Je n'ai pas eu tout ce que je voulais mais je suis là, avec mes zéros, ma vie soldée du jour qui vaut bien ma vie absente d'avant. Je tombe rond; mon compte est bon."
Il est des drames qui se jouent loin de tout et qui ne se disent pas. Pas celui de Marthe qui ose tout dévoiler et rendre public ce que d'autres auraient aimé taire et ignorer. Tel le petit poucet, elle laisse derrière elle les traces de son passage. En tant que lecteur, on est alors partagé entre le sentiment d'admiration (pour l'originalité du phrasé) et d'effroi (pour le propos tenu).

Sauf les fleurs c'est 75 pages de littérature fascinante et poignante, 75 pages d'une tragédie familiale, d'un Fatum qui pèse sur les frêles épaules de la petite Marthe, personnage principal d'un conte cruel dont elle est ni la princesse ni l'orpheline. Ce roman est moins un texte sur la résilience que le double récit d'une tentative pour reconquérir sa vie par la parole et d'une vengeance tout simplement humaine. Nicolas Clément a indéniablement du style avec un art singulier de la formule. Car au-delà des drames successifs perce une écriture incroyablement mélodieuse et audacieuse. Voici un incroyable premier roman, une révélation à ne pas manquer !


Saturne dévorant un de ses fils, Franscico de Goya

L'auteur :
Né en 1970, Nicolas Clément est agrégé de philosophie. Il enseigne en lycée et en classes préparatoires.

Plus si affinités :
La lecture de ce roman me fait penser au magnifique film de Sandrine Veysset Y' aura t-il de la neige à noël ? qui raconte le quotidien d'une mère débordante d'amour qui élève ses 7 enfants ( au sein de la ferme familial ) malgré la présence néfaste de son mari violent et volage. Comme dans Sauf les fleurs, nous avons ici une audacieuse et belle adaptation des codes propres aux contes (il y a autant d'enfants qu'il y a de nains auprès de Blanche Neige, le père qui nous apparaît tel un ogre qui -comme le père de Marthe- se nourrit non de la chair de ses enfants mais de leur peur, la mère tient à la fois à la bonne fée et à Cendrillon).